Le 4 novembre 2008, jour du vote aux Etats Unis, j'ai dit à ma famille, "c'est aujourd'hui que nous entrons véritablement dans le 21 ème siècle". En
suivant la nuit électorale devant ma télévision, j'ai pu voir de nombreux commentateurs dire la même chose, au fur et à mesure que se dessinait la victoire d'Obama. Un peu déçu de ne pas avoir
été original.
Mais ArnaudH me redonne du grain à moudre sur le blog de Frédéric LN Démocrate sans frontière : "Suis assez
d'accord avec toi sur le rôle excessif donné à la couleur de peau d'Obama" et "Une page se tourne, contrairement à d'autres, je ne pense pas que ce soit le début du XXIème siècle, mais
plutôt l'intégration, avec beaucoup de retard, des Etats-Unis dans un espace mondialisé ".
Cette date n'est bien-sûr que symbolique, de même que la révolution française ne s'est pas faite le 14 juillet, et l'histoire n'obéit pas à un principe de découpage en tranches du calendrier,
même si ce dernier s'accélère.
Mais elle rassemble un faisceau de marqueurs convergents de l'évolution actuelle du monde :
- Barak Obama est effectivement un coproduit de la mondialisation et de la culture américaine, né à Hawaï, d'un père Kenyan et d'une mère américaine, élevé en Indonésie, diplômé de Columbia et de
Harvard, installé à Chicago, il est mondial par nature, par culture et par construction.
- Son élection s'est en partie bâtie sur le rejet de l'époque Bush, dominée par le triptyque militaire, pétrolier, et financier, et sur la prise de conscience de l'ampleur de la
crise financière et économique mondiale qui marque l'atteinte de ses limites par le capitalisme libéral.
- Son élection à la tête d'un pays ou les droits civiques pour les noirs ont été acquis de haute lutte en 1964 et 65, rend l'espoir à toutes les minorités qui ne se sentent pas intégrées là ou
elles sont. Les enjeux ethniques et communautaristes sont malheureusement des enjeux majeurs du 21ème siècle.
- Si Barak Obama est aussi populaire dans le monde, c'est aussi parce qu'il incarne la multipolarité grandissante de ce dernier, l'obligation du dialogue et de l'acceptation des différences.
Jusqu'à ce que la crise se déclenche, nous entrions dans le 21ème siècle à reculons. Nos dirigeants ne voulaient pas voir la réduction des marges de manœuvres nationales, l'emballement de la
folle machine financière, les craquelures provenant de la pression des déshérités,... Nous trainons des pieds pour évoluer vers une société de développement durable, pour prendre en compte
économiquement la pleine mesure de la révolution technologique, des nouveaux métiers, des nouveaux modes de vie et des nouvelles opportunités qu'elle apporte. Avec la matérialisation de la
crise, le politique se voit dans l'obligation de reprendre ses responsabilités, nous voyons évoluer les discours et les comportements.
L'élection de Barak Obama est l'un des symptomes de ce phénomène, mais aussi l'opportunité pour la première puissance du monde et pour l'ensemble de ses partenaires de prendre
pleinement la mesure des changements en cours et d'engager le processus d'adaptation tout en replaçant l'humain et le progrès durable au centre de nos
préoccupations.